Les enjeux économiques du Continent africain

Débats économiques, Djibouti, Afrique, pays en Developpement…

Archive for août, 2009

L’Afrique en panne de ses institutions

Posted by ismael MAHAMOUD on 9th août 2009

A l’heure où certaines partie du monde (Asie et Amérique Latine) ont réussi à exorciser le mal du sous développement qui le rongeait depuis des décennies, le continent africain reste malheureusement l’endroit qui concentrent le plus, tous les maux de la planète : guerres civiles, famines, coups d’Etats, chômage,pauvreté, SIDA…Avec des sous sol riches en ressources naturelles, une population jeune, des valeurs sociales qui privilégient la solidarité et l’entraide plus que l’individualisme, les pays africains peuvent relever plus facilement le défi du développement comparés à d’autres pays (Japon, Corée du Sud) qui n’avaient pas tous ces atouts et qui ont réussi quant même à prendre leur destin en mains.    

Ce triste constat relance encore une fois le débat sur les racines du processus de paupérisation et de la marginalisation de l’Afrique.  

A Accra, le Président Obama insiste le dysfonctionnement des institutions qui sont responsables du retard du continent en matière de développement. « Le développement », a déclaré Obama devant les parlementaires ghanéens, « dépend de la bonne gouvernance. C’est l’ingrédient qui manque à beaucoup trop d’endroits, et depuis beaucoup trop longtemps. C’est ce changement qui peut libérer le potentiel de l’Afrique.»Et ce changement dont fait allusion Obama ne peut que être fait par l’homme africain. Car les institutions sont avant tout une construction historique, sociale et culturelle et qu’ils ne peuvent être imposés de l’extérieure. Si la qualité moyenne des institutions en Afrique subsaharienne rattrapait celle des pays asiatiques en développement, le revenu par habitant de la région s’élèverait de 80%, passant d’environ de 862 $ aujourd’hui à plus de 1552 $ selon une étude de la Banque Mondiale. Elle montre également que les institutions exercent un effet robuste et significatif sur la croissance du PIB par habitant et renforcent la viabilité de l’action des pouvoirs publics. Les programmes d’investissements publics, dans les domaines sociaux par exemple, seront moins sensibles à la volatilité de l’aide étrangère.   

Pourtant au moment des indépendances, les pays africains ont choisi des institutions modernes pour construire un Etat de droit. Ils ont préféré le droit moderne à la coutume qui régissait les institutions politiques traditionnelles d’antan. La coutume est subordonnée à la loi, c’est-à-dire appliquer la coutume pour autant que celle-ci reste conforme à la loi. En d’autres termes, les pays africains ont, en principe, voulu que le droit soit, comme en Occident, au-dessus des individus. Malheureusement, la réalité quotidienne du fonctionnement des institutions dans les pays africains n’a jamais correspondu à une telle définition d’un Etat de droit. Les contradictions entre les textes régulant les institutions et les comportements des individus ont toujours été le résultat de la volonté manifeste des élites dirigeantes africaines qui usent et abusent des institutions en fonction de leur propre intérêt. Cette gouvernance hybride (imbrication des règles traditionnelles et modernes pour le partage et l’exercice du pouvoir) favorise généralement à ce que l’alternance politique soit biaisée à chaque fois que l’occasion se présente et les institutions soient perverties à des fins personnelles. Des telles pratiques sont également nuisibles à la stabilité politique, sociale et donc le développement économique des pays africains parce qu’elles favorisent des pratiques prédatrices des deniers publics et maintiennent la majorité de la population africaine dans la pauvreté. Par contre, lorsque le contrôle démocratique fonctionne correctement, la qualité des institutions ne peut qu’être renforcée et la perspective d’un ordre anti-démocratique éloigné car les hommes politiques deviennent les chiens de garde des valeurs constitutionnelles au même titre que les magistrats. 

Si le discours du président américain n’a pas attiré la foudre de la blogsphère et des réseaux sociaux comme Facebook ou Twinter, contrairement au discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, c’est parce que au-delà de la méthode et de l’origine du président américain, il y a une unanimité pour dire que la question de la gouvernance est au centre des réoccupations des populations africaines. Le constat dressé par le président américain du mal qui ronge l’Afrique semble juste.Certains diront que le président Obama a omis volontairement de souligner le rôle des puissances occidentales dans les problèmes des pays africains, telles que les règles de régulations de l’économie internationales qui privilégient les pays industrialisés (OMC, Banque Mondiale, FMI), le colonialisme, la dette…et que seuls les africains sont  responsables de leurs malheurs. Ces critiques issues essentiellement de la gauche européenne et tintées d’un brin de paternalisme a longtemps infantilisé les élites africaines en leur détournant de leur responsabilité face aux problèmes de leurs pays. Il fallait toujours trouver un bouc émissaire à l’extérieure et si ce n’est pas possible, rejeté la responsabilité sur la nature (sécheresse, inondation, envahissement des criquets pèlerins, maladies…). Ces chers docteurs « Folamour » sont les mêmes qui préconisent toujours d’avantage d’aide pour l’Afrique et  accroît du coup sa dépendance. Jamais l’Aide toute seule n’a permis le développement d’un pays. Jamais l’Aide toute seule n’a permis d’instaurer la démocratie et permis à ce que les choix des urnes ne soient contestés. Jamais l’Aide toute seule n’a permis à l’Afrique d’arriver à une autosuffisance alimentaire, au contraire le déversement du surplus agricole des pays riches sur les marchés africains ne permet pas à l’agriculteur africain de vendre ses produits et l’oblige à quitter le monde rural vers la ville, amplifiant l’exode, le chômage et donc la pauvreté urbaine. 

L’histoire montre que l’essor de l’Occident à partir du  XVIIème siècle est lié à l’instauration et au renforcement des institutions qui rendent les transactions plus libres telles que la garantie et le respect des  droits de propriété, l’autorisation de l’intérêt, l’acceptation du profit, le fait que nombre d’interdits tombent en désuétude (comme la dérogeance pour les nobles qui se livraient au commerce par exemple).

Les institutions ont joué également un rôle majeur pour comprendre le déclin du monde islamique. Si on note à une certaine époque un respect des droits de propriété dans le monde musulman, comparable aux habitudes occidentales, on constate à partir du IXème une dégradation progressive, à la différence de l’Europe où ceux-ci tendent à devenir sacro-saints, notamment dans l’Angleterre issue de la révolution parlementaire de 1689. L’absence de sécurité et de respect des droits de propriété, la mise en place d’une fiscalité de type prédatrice, à la différence de l’Europe où les pratiques de transparence et de régularité s’instaurent peu à peu, a conduit l’Empire ottoman à sa perte.

Ces éléments suggèrent donc que sur le plan économique, une bonne stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté doit être  basée sur le renforcement des institutions et sur le plan politique, ces institutions font que dans la société le pouvoir des élites et des politiciens soit limité de manière appropriée de façon à ce que le contrôle de l’État soit moins l’objet d’affrontements entre les divers groupes et l’action des pouvoirs publics plus viable. Le pouvoir est alors institutionnalisé et non pas personnalisé contrairement à la conception monarchique de la majorité actuelle des dirigeants africains.

Posted in Les institutions et le developpement | No Comments »

 

Créer un Blog | Nouveaux blogs | Top Tags | 9 articles | blog Gratuit | Abus?