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L’aide Publique au développement à Djibouti: quelle efficacité ?

Posted by ismael MAHAMOUD on 9th août 2009

La question de l’aide publique internationale est souvent occultée dans les débats au niveau national. Djibouti est l’un des pays africains qui reçoivent le plus d’aide par tête d’habitant. Chaque ménage djiboutien devrait recevoir théoriquement 840$ en 2007. Ce qui fait un supplément de revenu qui devrait rentrer dans le circuit économique et se répercuter sur le taux de croissance. Avec, un taux d’épargne de 12%, un ménage djiboutien devrait voir son revenu augmenter jusqu’à 7000$ avec l’effet du multiplicateur keynésien.

Avec un tel revenu, sans aucun doute, nombreux seront les ménages djiboutiens qui allaient voir leur situation sociale considérablement amélioré. Alors qu’aujourd’hui, le pari de réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015 semble être déjà perdu.  

Aussi bien du coté de l’Etat mais également des bailleurs des fonds, on s’accorde sur l’échec de l’aide, son inefficacité en terme d’impact sur les populations les plus démunies. Les résultats positifs escomptés tant sur la croissance économique que sur la réduction de la pauvreté sont décevants. Certains observateurs diront, et certes ils ont raisons, que la situation des plus nécessiteux allait s’empirer sans cette assistance extérieure, la réduction de la pauvreté devenant alors la raison d’être officielle de l’aide. Pourtant, les résultats des programmes, tels que la lutte contre le SIDA, la tuberculose ou des questions telles que la réforme de l’éducation ou la rénovation des infrastructures publiques sont largement tributaires de l’aide.  

Les deux principales raisons souvent invoquées pour expliquer l’inefficacité de l’aide sont : baisse tendancielle de l’aide ces dernières années et faible capacité d’absorption de l’aide. 

Si on prend le premier argument, il suffirait d’augmenter davantage l’aide, pour mieux lutter contre la pauvreté. Car, pour les tenants de cet argument qu’on retrouve souvent également au niveau international dans le débat sur la question, le problème de développement de l’Afrique serait liée à la faiblesse de l’épargne qui permet de financer l’investissement et donc la croissance. Partant de ce constat, il suffirait juste d’injecter de l’aide (en plus des investissements directs étranger) dans ces économies pour combler le gap existant entre les besoins du pays en matière d’investissements (publics et privés) et les ressources disponibles (épargne). 

Malheureusement, la réalité des certaines économies en Afrique ne témoigne pas en faveur de cet argument. En prenant le Nigeria, le soudan, la République démocratique du Congo et l’Ethiopie, respectivement, 1er, 2ème, 3ème et 4ème pays en terme d’aide en Afrique avec 17,4 milliards de dollars en 2006 soit 40% de l’ensemble de l’aide publique destinée pour l’Afrique, on remarque que ces pays enregistrent aussi les indicateurs de développement humain par parmi les plus faibles en Afrique et dans le monde. Etrange paradoxe : dans les pays où elle joue un rôle dominant, la fierté et l’ambition ont cédé la place à la dépendance et à la déférence; la pauvreté et les inégalités se sont accrues et l’insécurité prévaut. D’autres Etats, comme la Sierra Leone, la Somalie, Haïti, Guinée-Bissau, par exemple, qui ont bénéficié dans le passé ou qui continue toujours de recevoir d’une aide à grande échelle, sont des Etats en faillite. Ce raisonnement occulte aussi le fait que la totalité de l’aide n’est jamais injectée dans les économies africaines et que une grosse partie de l’aide retourne dans les pays donateurs. Par exemple selon le Rapport économique sur l’Afrique de 2004, il était estimé qu’en 1999, 80% de l’aide américaine aux pays en développement repartait vers les États-Unis sous forme de commandes. D’autres fuites existent également, notamment le fait que une partie de l’aide est détournée ou gaspillée en finançant des biens de luxe importés (voitures par exemples). La qualité des institutions dans un pays joue également un rôle important dans l’efficacité de l’aide. Des travaux, notamment ceux de l’économiste américain, David Dollar montrent que l’aide a pu contribué à faire reculer sensiblement la pauvreté dans les pays disposants des institutions solides et transparentes. Plus un pays dispose des institutions solides plus l’efficacité de l’aide se fait ressentir. Les termes comme « participation citoyenne », « maîtrise locale des politiques », « appropriation des bénéficiaires », « société civile » utilisés généralement dans le discours de l’aide constituent des concepts creux parce que éloignés de la réalité sociopolitique et culturelle des pays africains. On ne peut pas demander un pauvre de participer un projet de développement pour mieux reprondre à ses attentes et le pousser à s’y approprier si l’environnement institutionnel reste défaillant. 

Sur le second argument, accroître la capacité d’absorption revient à allouer plus des ressources, surtout du personnel qualifié à la gestion des projets de développement. On observe actuellement que faute de capacité d’absorption, l’exécution des projets financés par des fonds extérieurs sont au ralenti.Or, accroître les ressources humaines qualifiées affectées aux projets de développement reviendra à créer un effet d’éviction. Les personnels mieux formés vont quitter l’administration d’autant plus que le différentiel salarial entre cadres travaillant dans des projets et fonctionnaires de l’administration est important. Ajouter à cela, la concurrence entre cadres supérieurs pour avoir le contrôle de tel ou tel projet au détriment de la gestion quotidienne des affaires publiques. 

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